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"On peut se dire aurevoir plusieurs fois"

Comme je l'avais annoncé dernièrement au détour d'une citation de David SERVAN-SCHREIBER, je souhaite rendre hommage non seulement au chercheur mais aussi à l'homme qu'il était, en publiant ici, les extraits de son livre qui m'ont le plus intéressé, le plus touché et qui je n'en doute pas, attireront l'attention des internautes qui s'arrêteront sur mon blog, concernés ou pas par la maladie et la mort.

A travers les extraits de son livre, son témoignage sur la maladie, je rends non seulement hommage aux personnes atteintes de maladies graves, mais aussi, je souhaite attirer l'attention sur les difficultés physiques ou morales que rencontrent les malades, les familles, et dont chacun, les soignants mêmes parfois, n'ont pas conscience.

Ma démarche est guidée par mon expérience d'accompagnement des personnes en fin de vie et les extraits du livre que j'ai relevés me paraissent très importants pour une meilleure compréhension des malades, de leur choix, de leurs désirs, de leurs réactions face à la maladie et la mort ....

Puisse également cet hommage vous donner l'envie de découvrir le parcours, les recherches, la personnalité d'un homme exceptionnel et vous apporter à vous aussi...

 

David SERVAN -SCHREIBER, né le 21 avril 1961 et décédé le 24 juillet 2011, était un éminent médecin psychiatre et chercheur en neuropsychologie et sciences comportementales à l'Université de Pittsburg aux Etats Unis, engagé également dans des causes humanitaires à Médecins sans Frontières, comme médecin et pédiatre.

Ses recherches l'ont amené à étudier les médecines douces complémentaires en particulier sur des patients atteinds de problèmes psychiatriques et des approches naturelles dans la lutte contre le cancer avec :

Il publia entre autres deux ouvrages devenus bests sellers  :  "Guérir" en 2003 et "Anticancer" en 2007.

Dans "Anticancer", il évoque sa propre lutte contre une tumeur au cerveau qu'on lui découvre à l'âge de 31 ans. Pendant 19 ans, défiant tous les pronostics médicaux, il vivra avec ce cancer qui récidivera en juin 2010. Des zones de prolifération cancéreuse, inopérables sont apparues au niveau du lobe frontal.  La partie gauche de son corps sera paralysée, son œil, son bras, sa jambe et ses cordes vocales seront touchés.

Le jour de ses 50 ans, il dévoilera à ses proches qu'il est atteint d’un glioblastome de stade 4 dont les pronostics sont parmi les plus mauvais de tous les cancers avec une espérance de vie de quinze mois et décidera de rédiger son dernier livre "On peut se dire aurevoir plusieurs fois" qu'il dédie aux cancérologues qui l'ont soutenu dans son combat, à ses patients et à ses trois enfants Sacha (16 ans), Charlie (2 ans) et Anna (6 mois).

   

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Première partie - The big One -

"J'ai passé  l'IRM le lendemain de mon retour. Quand j'ai compris à quoi ressemblait cette grosseur qui avait poussé dans mon cerveau en l'espace de 4 mois, j'ai décidé en toute conscience et à l'opposé de mon habitude, de ne pas voir les images du scanner. J'ai préféré ne pas me mettre de "mauvaises images" en tête, même si mon cancérologue excluait l'hypothèse d'une tumeur.  A ce jour, je ne les ai toujours pas vues. Il ne s'agit pas d'une réaction superstitieuse. Je crois en la suggestibilité de l'esprit et en la force des images. Je suis persuadé qu'il vaut mieux éviter de regarder celles qui nous font trop peur, car la peur, comme dit si bien la sagesse commune, est mauvaise conseillère ..."

 

- Cologne au lit -

"... Mais rien ne m'empêchait de marcher, j'étais bien décidé à le faire au moins une demi-heure par jour. De même, j'allais continuer le combat sur tout les autres fronts - nutrition, yoga, méditation ..."

 

- Le club des vivants -

"... Tous ceux qui ont eu des problèmes sérieux de santé le savent. Quand on est malade et invalide, on se sent facilement très seul. On ne peut pas se tourner tout seul dans son lit, on ne peut pas s'asseoir tout seul sur une chaise, on ne peut pas téléphoner, ni répondre à ses emails. L'invalidité est non seulement pénible à vivre, elle entame le sentiment de dignité. Je me souviens qu'à l'hôpital, j'avais souvent l'impression de sentir mauvais, même si les infirmières m'aidaient chaque jour à me laver avec beaucoup de gentillesse.  J'aurais voulu au fond pouvoir prendre une douche avant qu'elles viennent, pour leur éviter de subir un malade qui ne sentait pas la rose ... Malgré tout, un entourage qui peut participer, c'est déjà une chance énorme. Pour un malade ça change tout s'il peut compter sur une aide pour prendre une douche, se laver les dents, manger, s'habiller et se déshabiller, se mettre au lit ou se lever, etc.

L'aspect affectif compte aussi bien sur. Plus on est malade, plus on se sent seul et plus on est anxieux et déprimé. A contrario, plus on est entouré et plus on reste connecté avec la vie et avec tout ce qui donne envie de vivre. Des choses très simples peuvent suffire : regarder un film ensemble,  jouer aux cartes,  se raconter des histoires, se remémorer des souvenirs,  faire des projets de week ends ou de vacances .... Même s'ils doivent renoncer à leur mode de vie "d'avant", les malades ont besoin de sentir qu'ils continuent de faire "partie du club" - le club des vivants qui "font des choses" et "vivent leur vie. "

 

- Cinquante ans, l'éléphant et le crâne dans le vent -

"... Peut être ne fêterai-je pas mon cinquante et unième anniversaire. Mais je suis heureux d'avoir été porteur de valeurs auxquelles je reste extrêmement attaché. Cet ensemble de valeurs, qui n'a pas vraiment de nom en français, est appelé en anglais empowerment. Nos amis canadiens le traduisent par le néologisme "empuissancement". Il s'agit de la capacité vitale de reprendre le pouvoir sur soi-même. Je suis très fier d'avoir contribué à faire avancer cette idée dans mon domaine, la médecine - même s'il reste du chemin à faire.

...Quel sentiment jubilatoire de s'apercevoir qu'il n'est pas besoin d'être un artiste pour vivre sa vie comme un processus créatif !
 Ce que j'ai appris d'essentiel dans les vingts dernières années de ma carrière scientifique, c'est aussi la plus grande découverte de l'écologie moderne : il s'agit de l'idée simple et fondamentale que la vie est l'expression de relations au sein d'un réseau, et non pas une série d'objectifs ponctuels poursuivis par des individus distincts. C'est aussi aussi vrai des fourmis, des girafes, des loups que des humains. Pour ma part, c'est à travers mes relations avec tous ceux qui se passionnent pour ces idées d'écologie humaine que j'ai eu la chance d'exprimer ma créativité et de contribuer à la communauté. Qu'ils en soient remerciés."

 

Deuxième partie  - Tout ça pour ça ?

" ... Tout ça pour ça ? Ces milliers d'articles scientifiques passés au peigne fin, ces recherches épluchées, ces résultats croisés, soupesés, ce programme de lutte anticancer soigneusement mis au point, mis à jour, assorti de force recommandations et mises en garde ... Tout ça pour se retrouver encore une fois avec une grosse boule  dans le cerveau, encore une fois sur le billard, entre les mains des neurochirurgiens et des cancérologues ?

Cher lecteur,  je sens votre foi dans les framboises et les brocolis vaciller. Et aussi votre foi dans l'exercice physique, le yoga, la méditation, la lutte contre le stress ... Je vous entends murmurer : "après tout, si David lui même, qui est l'illustration vivante de cette approche, qui pense anticancer, mange anticancer, vit anticancer, est sur le flanc que reste-t-il d'Anticancer ?

Vous imaginez bien ... que cette question m'a été posée par de nombreuses personnes. Vous imaginez bien que je n'ai pas attendu qu'on la soulève pour y réfléchir. En fait, ma rechute m'a amené à me poser plusieurs questions connexes. Ce sont les interrogations les plus graves, peut être les plus importantes de ma vie.

Voici comment je formulerais la première : "les méthodes que je défends dans Anticancer sont elles toujours valides à mes yeux, ou bien dois je reconnaitre qu'elles n'offrent pas de protection contre les rechutes ?" Ma réponse est bien sûr : "Anticancer n'a rien perdu de sa validité". Je m'en expliquerai plus bas.

Mais cette réponse appelle immédiatement une autre question : "puisque les méthodes anticancer n'ont rien perdu de leur validité,  pourquoi ne m'ont elles pas protégé ?"  Ou plutôt : "si l'on admet qu'elles m'ont efficacement protégé depuis ma précédente rechute, pourquoi ont-elles cessé de le faire ? Pourquoi maintenant ?" ... Je dois reconnaitre que je n'ai pas été, au cours de la période récente en tout cas, une excellente illustration du mode de vie anticancer.

Et c'est ce qui m'amène à la troisième question, plus profonde, plus grave sans doute, qui se pose désormais à moi : "comment vais-je affronter la mort quand elle sera là, devant moi ? Tout ce que j'ai appris, tout ce que j'ai pratiqué depuis vingt ans, tout cet entrainement en prévision de l'échéance finale va-t-il tenir le choc de la réalité ?"

C'est pour répondre à ces trois questions que j'écris aujourd'hui. Ce livre est aussi l'occasion pour moi de dire "aurevoir" à tous ceux qui ont apprécié les livres précédent, Guérir et Anticancer, à tous ceux qui sont venus m'écouter parler dans les conférences et les tables rondes, à tous ces lecteurs ou auditeurs avec qui j'ai senti si souvent une connexion immédiate. Cet aurevoir,  j'ai le ferme espoir qu'il ne sera pas le dernier. On peut se dire aurevoir plusieurs fois.

C'est ce que je répète à mes amis qui viennent me voir, parfois de très loin, depuis qu'ils ont appris ma rechute. Quand ils me demandent : "Est ce que je vais te revoir dans trois mois ?",  je leur réponds avec franchise : "Je ne sais pas." C'est triste, la "cérémonie des adieux". Mais le plus effrayant serait que ce ne soit pas triste. S'il nous est donné de nous rencontrer de nouveau dans les trois mois, je recommencerai avec autant de plaisir et de tristesse. En attendant, je préfère ne pas rater l'occasion de dire aurevoir à ceux que j'aime."

 

   - Que reste-t-il d'Anticancer ? -


"A la première question soulevée par mon état de santé : "Ma rechute entame-t-elle la crédibilité de la méthode anticancer ?" Je réponds catégoriquement non.

D'abord, parce que je ne suis pas une exception scientifique à moi tout seul, je suis un cas clinique parmi d'autres. Les expériences scientifiques brassent les données de milliers de cas cliniques. Les considérations, les recherches, les conclusions, les preuves que j'ai présentées dans Anticancer ne sont pas fondées sur mon expérience personnelle, mais sur la littérature scientifique.

Ensuite parceque tous les traitements, qu'ils soient classiques ou expérimentaux, présentent des taux de réussite et des taux d'échecs ...

En revanche, il existe des moyens pour chacun de maximiser ses défenses naturelles en prenant soin de son état général, physique et mental. On peut mettre tous les atouts dans son jeu. Mais le jeu, lui, n'est jamais gagné d'avance.

Que ces méthodes accessibles à chacun renforcent réellement le potentiel naturel d'auto-défense ne fait aucun doute. De nombreuses recherches en ont apporté la preuve de façon indiscutable. Il y a heureusement des médecins et des hôpitaux qui le reconnaissent ...

... Tout mon combat est là. Il existe des "tas de choses"  que l'on peut faire légitimement en parallèle avec les interventions de la médecine conventionnelle. Ces "choses" que j'appelle les méthodes anticancer font objectivement beaucoup de bien. Elles contribuent objectivement à l'amélioration du malade, à l'efficacité des traitements, à l'atténuation de leurs effets secondaires, à l'allongement des périodes de rémission et à la diminution des risques de rechute.

Il est par exemple parfaitement établi que l'activité physique permet de supporter beaucoup mieux les chimiothérapies ... Idem pour la radiothérapie, pour la récupération après la chirurgie. Les méthodes qui permettent de mieux gérer le stress ont pour effet, c'est prouvé, de réduire les nausées. Les approches anticancer sont en réalité des instruments de santé de premier ordre. Il est inacceptable de ne pas en informer les malades.

Dans mon cas, je suis persuadé que ces approches ont considérablement amélioré ma vie, tant en longévité qu'en qualité. Le diagnostic de ma tumeur au cerveau a été posé pour la première fois, il y a dix neuf ans. Le fait que j'ai vécu toutes ces années avec un cancer agressif - 99 % des personnes qui en sont atteintes ne survivent pas au delà de six ans ... - suffit amplement à légitimer l'idée qu'il était en effet en mon pouvoir de contribuer positivement à mon état de santé.

Le livre Anticancer se terminait sur l'aveu que je ne savais pas combien de temps j'allais vivre encore. Mais que, quoi qu'il arrive, j'aurais été heureux d'avoir choisi ce chemin qui consiste à cultiver au maximum toutes les dimensions de ma santé, car ce choix m'avait déjà permis de vivre une vie bien plus heureuse. Je réitère aujourd'hui cette affirmation : il faut nourrir sa santé, nourrir son équilibre psychique, nourrir ses relations aux autres, nourrir la planète autour de nous. C'est l'ensemble de ces efforts qui contribue à nous protéger, individuellement et collectivement, du cancer, même si nous n'obtiendrons jamais de garantie à 100 %."

 

- Le calme intérieur -

"... J'ai souvent déclaré que je pratiquais tout ce que je recommande dans Anticancer. C'est vrai dans l'ensemble, sauf sur un point : en m'imposant un rythme de travail harassant et au total excessif,  je n'ai pas assez pris soin de moi, et ce depuis bien des années ... Je me suis infligé d'innombrables décalages horaires, dont on connait l'effet négatif sur le système immunitaire, via la production d'hormones de stress comme le cortisol et le bouleversement des rythmes naturels de base.

Ce grand dérèglement de mes rythmes biologiques a culminé l'année précédent ma rechute ... C'est à la suite de ça que la tumeur a réapparu ...

Je crois surtout que je me suis laissé aller à une sorte de pêché d'orgueil, car j'en étais venu à me sentir quasi invulnérable. Or, il ne faut jamais perdre son humilité face à la maladie. Personne ne possède d'arme invincible contre elle, les meilleures techniques de la médecine moderne peuvent être mises en déroute. C'est une grave erreur d'oublier à quel point la biologie est déterminante.

Alors qu'il fallait rester humble,  j'ai commis l'erreur de croire que j'avais trouvé la martingale gagnante, celle qui me permettait de demeurer en bonne santé tout en me donnant à fond aux projets qui me passionnaient.  J'ai eu la faiblesse de croire que j'étais protégé du seul fait que je respectais un certain nombre de précautions ...

... Une des protections les plus importantes contre le cancer consiste à trouver un certain calme intérieur ...

... Pour ma part,  je n'ai pas réussi à trouver ce calme, et aujourd'hui, je le regrette. Je n'ai pas su rester proche de la nature et des rythmes naturels. Je suis intimement persuadé que la fréquentation d'un bois, d'une montagne, d'un rivage apporte quelque chose de formidablement ressourçant, peut être parce qu'elle nous permet de nous caler sur le rythme des saisons, ce qui doit contribuer à l'équilibre et à la guérison de l'organisme. Je ne connais pas d'études scientifiques qui étayent cette intuition. Mais l'idée que l'harmonie avec la nature soit un des moyens de nourrir la santé du corps est cohérente avec toutes une série de vérités établies."

 

- L'ordre des priorités -

"... A la lueur de ma dure expérience, je suis tenté de mettre quant à moi l'accent en premier sur l'absolue nécessité de trouver la sérénité intérieure et de la préserver, notamment à l'aide de la méditation, des exercices de cohérence cardiaque et surtout d'un équilibre de vie qui réduisent au maximum les sources de stress. En second, je place l'activité physique, dont on ne dira jamais assez l'importance. En ex aequo, la nutrition, dont je suis heureux de voir que le rôle est désormais reconnu, y compris par certains cancérologues qui ont d'abord contesté mon message au moment de la parution d'Anticancer."

 

- Réussir la traversée -


La troisième question qui se pose à moi aujourd'hui, c'est celle de la mort
... Je n'ai jamais cessé de me demander : "Quand ça reviendra, est-ce que je vais trembler de nouveau comme la première fois ? Ou bien les nouvelles priorités de ma vie, toutes les leçons essentielles que j'ai apprises au contact du feu, vont-elles m'aider à affronter cette épreuve avec calme ?

Aujourd'hui, où je suis plus proche de ces échéances que jamais, je m'aperçois que je réagis dans l'ensemble comme de nombreux patients que j'ai soignés en tant que psychiatre, des malades du cancer ou d'autres pathologies qui devaient affronter la perspective de la mort. Comme beaucoup d'entre eux, j'ai peur de souffrir, je n'ai pas peur de mourir. Ce que je redoute, c'est de mourir dans la souffrance. Cette peur est générale me semble-t-il chez tous les  êtres humains, et même chez les animaux ...

... J'ai souvent assisté mes patients au moment où l'espoir de guérir, ou celui d'alléger les symptômes, bascule dans une réalité autre, celle de la mort imminente. J'ai eu le privilège d'observer comment ils entrent alors dans un autre espoir, de "réussir" leur mort. C'est un enjeu extrêmement important et un objectif absolument légitime. Après tout, la trajectoire de la vie mène à la mort, elle débouche sur la mort, et j'aime penser, comme beaucoup de philosophes, que la vie est une longue préparation à cet instant souverain. Quand on a renoncé à se battre contre la maladie, il reste encore un combat à mener, celui pour réussir sa mort : bien dire aurevoir aux personnes à qui on a besoin de dire aurevoir, pardonner aux personnes auxquelles il faut pardonner, obtenir le pardon des personnes dont on a besoin de se faire pardonner. Laisser des messages, arranger ses affaires. Et partir avec un sentiment de paix et de "connexion".

... Ce moment crucial, on peut s'y préparer avec l'aide de bon "alliés" : les soignants, les juristes, et bien entendu ses amis et sa famille. Cette épreuve, je la ressens comme vitale, et c'est encore une source d'espoir pour moi que de la réussir.  Après cela, que se passera-t-il  "de l'autre côté" ? Je ne sais pas."

 

- Dans la vallée des ombres -

"... Je suis persuadé qu'être en paix avec soi-même et accepter sa finitude permet d'affecter toute l'énergie disponible au service des processus innés de guérison."

 

- Compagnons de lutte -

"... Je pense très souvent à mon ami Bernard GIRAUDEAU, mort l'été dernier au moment où j'entamais mon propre combat contre la rechute. Bernard était un compagnon de lutte et un véritable exemple pour moi. J'admirais la façon dont il avait su abandonner ses habitudes de grand boulimique prêt à tous les excès, pour se concentrer finalement sur l'existence qu'il avait choisie, se délestant sans pitié de tout ce qu'il jugeait secondaire ou inutile.

... Bernard avait décidé qu'il était important de se reposer, de prendre des vacances, de savourer le temps qui passe, d'avoir une "bonne vie".

... Je suis persuadé que, pour savourer la vie jusqu'au bout comme il l'a fait, il faut avoir trouvé la paix avec soi-même et avec la mort.

... L'exemple du psychanalyste québecois Guy CORNEAU est également une grande source d'inspiration. Il y a deux ans, on lui a diagnostiqué un cancer très grave, un lymphome à l'estomac, à la rate et aux poumons. Mais grâce à un programme très strict combinant des traitements conventionnels et des méthodes complémentaires, comme la méditation, les visualisations ou certains traitements "énergétiques", il s'en est merveilleusement bien sorti.

Guy attache une importance primordiale au mental. Il a décidé de changer radicalement de vie : il a assaini son environnement, éliminé toutes les sources de stress et choisi d'habiter au contact de la nature. Pour se soigner comme il l'entendait, il a arrêté de travailler et s'est investi à fond dans la méditation et les visualisations.

... Aujourd'hui que toute trace de tumeur a disparu, il a repris partiellement son activité, bien décidé à ne pas oublier les leçons du cancer.

 

- Ordonnance : rire et méditer -

"... Les effets positifs de la méditation sont si bien démontrés que des centaines d'hôpitaux en Amérique du Nord et de plus en plus en Europe enseigne aujourd'hui à leur patient une méthode mise au point par un célèbre biologiste américain Jon KABAT-ZINN, à partir du yoga, du zen et des pratiques proches du bouddhisme tibétain. Voici plusieurs années que je pratique cette méthode le mindfulness "pleine conscience" en français.

... J'ai trouvé le moyen de réserver quinze ou vingt minutes, deux fois par jour, à cet exercice vital.

... La pleine conscience est un concept courant dans le bouddhisme. Mais KABAT-ZINN l'a purgé de toute référence religieuse. Tel qu'il l'enseigne, c'est un centrage sur soi et sur la respiration. Il ne s'agit pas de narcissime. "Gonfler l'égo" n'est pas le but de l'opération. Parallèlement, on tend à une raréfaction progressive des pensées, jusqu'à ce qu'il y en ait le moins possible. Le résultat est un état extrêmement reposant où, précisément, on se trouve momentanément débarassé de la tyrannie du moi. Un état que l'on peut décrire comme "la sensation physique d'être soi, d'être en paix."

"... depuis quelques semaines, encouragé par l'exemple de Guy CORNEAU, je tente d'ajouter à ma pratique un élément de visualisation. Il s'agit d'une méthode plus "active" que la pleine conscience, consistant à visualiser les pensées négatives comme la peur ou la colère, sous la forme d'une fumée noire qui s'exhale à chaque expiration. A chaque inspiration en revanche, on essaie d'inhaler du blanc ou des couleurs "positives", "vivantes" du jaune, du rouge, du bleu très vifs. Cette ancienne technique bouddhiste m'a été enseignée par un médecin tibétain résidant à Paris. Le but de l'exercice consiste à se "nettoyer" des émotions négatives en les "exhalant" jusqu'à que la fumée devienne blanche, "vivante" et gaie."

"... Parallèlement, je cherche à identifier ce qui réduit la pression et je m'y abreuve tant que je peux. Il faut de l'attention, de la concentration et pas mal de détermination. Après avoir longtemps mis toute mon énergie dans mon activité, j'apprends à explorer pas à pas le secret de la sérénité..."

 

- Cutiver la gratitude -

"... Quand l'invalidité s'installe, garder sa dignité se révèle de plus en plus difficile pour le malade. On devient dépendant pour des choses aussi bêtes que mettre un slip. On est souvent exposé à son intimité. Là aussi, il faut savoir dire des choses très simples : "j'espère que ça ne te gêne pas trop si je fais ceci ou cela ?".  ... Mais la personne qui est à poil redoute par dessus tout d'être traitée comme un bébé ou un animal.

Le malade de son côté, doit reconnaitre que la tâche de la famille sort de l'ordinaire. Personne n'est habitué à donner une douche à un adulte ou à l'aider à aller aux toilettes, même s'il s'agit d'un mari, d'un frère, d'une mère ... Les proches qui se dévouent ont aussi besoin que leur sentiment d'intimité soit préservé et leur dévouement reconnu.

Quand "l'étiquette familiale" est respectée de part et d'autre, que le malade a le sentiment d'être bien soigné, bien entouré, le danger de sombrer dans le pessimisme diminue. En psychologie, les recherches les plus novatrices se focalisent aujourd'hui sur un état très bénéfique pour la santé tant physique que mentale et qui avait été longtemps négligé : l'optimisme.

Ma recette pour préserver mon capital d'optimisme, c'est de me concentrer sur ce qui va bien. Chaque jour, je passe en revue toutes les choses, grandes ou petites qui ont été agréables, qui m'ont apporté du plaisir, de la joie ou simplement de l'amusement et j'éprouve de la reconnaissance. Je cultive consciencieusement mon sentiment de gratitude.

 

- Moments précieux -

"Quand on a plus d'espoir, tout s'arrête,  jusqu'à l'envie de suivre les traitements, compromettant la survie elle-même. Pour ma part, je vis encore beaucoup de l'espoir que mes symptômes vont s'arranger malgré leur gravité. Je m'implique énormément dans l'effort de nourrir la vie à l'intérieur de moi-même, de renforcer mes muscles, de calmer le mal de tête et de garder la sérénité. Je travaille et reste en contact avec les gens que j'aime et à me focaliser sur ce qui me procure du plaisir à vivre. Ces sources d'espoir, je les cultive attentivement. C'est elles qui donnent envie de vivre jusqu'à demain, puis après-demain, puis après-après demain .... Je suis persuadé qu'il faut tout faire pour aider les malades à conserver leur capacité d'espoir. Il ne s'agit pas de leur servir de pieux mensonges car il n'est pas nécessaire de travestir la vérité pour donner de l'espoir.

Une des sources d'espoir, quand l'invalidité devient trop pesante, que l'état général se détériore, c'est le plaisir que l'on peut éprouver au contact de ses proches. Même un simple animal de compagnie peut illuminer la grisaille de la maladie.

Un autre des plaisirs modestes auxquels je tiens vraiment beaucoup, c'est le rire.

... J'ai compris qu'il ne fallait jamais au grand jamais lâcher la faculté précieuse entre toutes de rire de tout coeur. Même quand on est atteint d'un cancer, d'une maladie mortelle, il reste de nombreuses occasions de rigoler et je recommande chaudement de les saisir toutes au vol.

 

- La tentation de Lourdes -


"Quand j'ai quitté Pittsburgh pour rentrer en France, mes amis et collègues qui étaient au courant de mon cancer m'ont fait jurer d'aller à Lourdes. Aux Etats Unis, ce pélerinage est tenu en très haute estime et l'idée de se trouver dans le Sud Ouest de la France sans passer par la grotte  de Bernadette Soubirous parait inconcevable.

Bien que je me sois engagé à leur rapporter de l'eau de Lourdes, je n'ai pas immédiatement respecté ma promesse. C'est le hasard qui a fait finalement les choses. J'étais parti faire du parapente avec mon frère Edouard dans les Pyrénées. Le vent s'étant levé, nous nous sommes dit : pourquoi ne pas faire un saut à Lourdes ? Et c'est ainsi que j'ai découvert une approche de santé intelligemment conçue pour mobiliser les ressources innées de ceux qui y font appel. En effet, le parcours du pèlerin met en jeu des émotions puissantes - inquiétude, confiance, surprise, sentiment de communion - renforcées par l'atmosphère générale d'introspection, de ferveur et d'attente, le tout démultiplié par l'intense cascade sensorielle orchestrée par le rituel. Bref, on trouve à Lourdes un impressionnant concentré d'action corps-esprit."

"... Impossible de ne pas être touché par cette sincérité, cette recherche intime, mêlant la souffrance et la foi. Plongé dans cette foule fervente, j'ai pu percevoir une énergie d'une espèce rare, à la fois très humble et porteuse d'une puissante dimension de solidarité, tournée tout entière vers l'espérance de la guérison ..."

 

- Aborder le tabou -


"... Pendant les nombreuses années  où j'ai exercé comme psychiatre aux Etats Unis, j'ai travaillé non pas dans un hôpital psychiatrique où l'on soigne des personnes atteintes de troubles mentaux, mais dans un hôpital général où sont traités des patients souffrant de toutes sortes de maladies. L'hôpital, c'est aussi dans nos sociétés développées, le lieu où se retrouvent les personnes en fin de vie. Ces patients qui doivent affronter de fortes douleurs, des nausées persistantes, la perte de leurs moyens, etc... présentent souvent  des signes d'angoisse, de dépression et des idées suicidaires ...

... C'est ainsi que j'ai pu soigner de nombreux malades au stade terminal. Je voyais leur état empirer, je les voyais s'éteindre de façon très douce. Je dirais presque que leur mort se passait "très bien"  et qu'au moment de rendre l'âme, ils avaient l'air en quelque sorte "heureux".. Je crois que la plupart d'entre eux vivaient la mort comme une transition, un passage de la vie que nous connaissons vers quelque chose d'autre que nous ne connaissons pas. Une transition semblable à la naissance, mais en sens inverse.

Ces exemples m'ont toujours parus encourageants, voire consolants. Ils démontrent que la souffrance n'est pas forcément de la partie, contrairement aux croyances très répandues selon lesquelles mourir fait mal, que "passer la porte étroite" est en soi générateur de souffrance. Les gens pensent au fameux rictus des agonisants, qu'ils interprètent comme une expression de douleur. En réalité, au moment de la mort, tous les muscles se contractent ; ceux du visage créent alors fugacement ce rictus. Mais je sais, pour y avoir assisté bien des fois, qu'il est très rapidement  remplacé par une expression de grande paixLa mort n'est pas douloureuse en soi, elle se passe même le plus souvent dans une atmosphère tranquille, comme si on s'endormait.

En revanche, certaines maladies terminales peuvent être extrêmement douloureuses. Heureusement, la médecine a aujourd'hui les moyens de calmer presque toutes les douleurs... La douleur n'est plus une malédiction.

Toute mon expérience m'amène à penser que pour affronter au mieux la maladie, il est indispensable de se poser la question de la mort.

... Je suis persuadé qu'il est préférable de mettre le sujet sur la table, de l'envisager dans toutes ses dimensions, pratiques et symboliques, pour que le moment venu, elle se déroule au mieux. Au point où en sont rendues les personnes, c'est au fond "le" sujet le plus important de leur vie et ils vaudraient mieux qu'elles ne passent pas à côté.

Mais en même temps, le simple fait d'en parler peut provoquer chez le patient l'impression souvent fausse, que sa fin est imminente, ce qui peut être source d'une énorme angoisse. L'entourage a donc tendance à éviter le sujet tant que l'état de la personne ne s'est pas nettement dégradé. Mais alors, il est bien souvent trop tard, car le malade est hors d'état d'en parler ou même d'y réfléchir.

Mes échanges avec mes patients m'ont enseigné qu'il n'existe pas de "bon" moment pour aborder le sujet. On peut le faire n'importe quand, à condition de ne pas brusquer le malade, ne pas lui donner le sentiment que "c'est fichu", de rester dans l'ambiguïté et la nuance, même si ça n'est pas simple. Oui, la mort peut arriver, mais ça n'est pas couru d'avance et la guérison n'est jamais exclue.

Pour certaines personnalités très fragiles, penser à leur propre mort est inimaginable. C'est au sens propre au-dessus de leurs forces. Il ne faut pas les violenter. Mais ces cas sont assez rares, j'ai pu constater que l'immense majorité des personnes accueillaient au contraire la question presque avec soulagement. Mais comme elles ne voulaient pas en faire porter le poids à leurs proches, elles restaient terriblement seules avec leur angoisse. Elles attentaient qu'on leur donne l'autorisation d'en parler.

Le tabou brisé, l'atmosphère ne doit pas tomber dans la morosité.... Il faut surtout continuer à vivre. Ce n'est pas utile de revenir sans cesse sur le sujet ..."

 

- Testament jubilatoire -


"La tâche la plus ardue, la plus redoutable sans doute, consiste bien sûr à prendre les décisions concernant l'avenir ... Dans ces instants chargés d'émotions, il faut essayer de ne pas en faire trop, d'éviter de tomber dans le piège du "pathos"... Se focaliser sur l'aspect pratique est au contraire très bénéfique, car l'action concrète est toujours préférable aux ruminations négatives. On peut parler des funérailles, du lieu où l'on souhaite être enterré, du testament. Ces questions génèrent beaucoup moins de détresse qu'on ne le pense.

J'ai été surpris de découvrir à quel point la rédaction d'un testament peut être jubilatoire. Elle suscite un sentiment de maîtrise totale et en même temps de générosité, de don, de transmission.

 

- Le souffle d'Emily - (une expérience de mort imminente)

Emily, morte à l'âge de 24 ans, est depuis longtemps une sorte d'ange gardien, d'ombre bienveillante planant au dessus de ma vie. C'était une merveilleuse jeune fille que j'ai eu le privilège de soigner en tant que psychiatre, il y a bien des années à l'hôpital de Pittsburgh. Elle souffrait d'une forme très rare de cancer ... Jolie, souriante, douce, très intelligente et extrêmement généreuse, elle faisait des études à l'université de Harvard quand elle a appris sa maladie ...

Pendant les derniers mois de sa vie, j'ai eu la chane de la rencontrer très souvent. Je l'aidais comme je pouvais pour soulager les résidus de souffrance psychique laissés par les blessures de l'enfance... Malgré la peur de mourir, malgré la douleur physique, elle a conservé jusqu'au bout une sérénité profonde et une capacité exceptionnelle à se tourner entièrement vers les autres.... Elle était éblouissante, elle rayonnait comme une sainte. Je n'étais pas le seul à éprouver pour elle un respect et une gratitude infinie. Tous ceux qui l'ont connue gardent l'impression qu'elle a, d'une façon mystérieuse, maintenu le contact avec ceux qui l'ont aidée à la fin de sa vie, et que, de là où elle se trouve aujourd'hui, elle essaie à son tour de les aider dans les épreuves de la vie.

A la suite d'une dangereuse opération qui avait failli lui coûter la vie, Emily est restée longtemps en unité de réanimation, jusqu'à ce que sa situation revienne peu à peu à la normale. Plus tard, elle m'avait raconté l'expérience étonnante qu'elle avait vécue alors qu'elle était entre la vie et la mort. Elle en avait des souvenirs très précis : elle s'était retrouvée dans un tunnel, et, au bout de ce tunnel, une lumière blanche très apaisante l'avait attirée. Mais son heure n'était pas venue, elle avait dû rebrousser chemin et réintégrer son pauvre corps meurtri.

Quatre ou cinq patients m'ont fait de tels récits... Toutes les études sur ce phénomène s'accordent sur un point : quelle que soit l'origine ethnique ou religieuse, quelle que soit l'époque (le mythe d'Er chez Platon pourrait être un des plus anciens témoignages, quelque soit l'interprétation donnée par la personne qui a vécu l'expérience, certains facteurs sont presque toujours présents : le passage menant vers la lumière ; la lumière d'amour ; le sentiment de paix, de joie céleste ; les parents et amis morts attendant à la sortie de ce tunnel ; l'envie de "rester" avec eux ; le retour imposé ...

... Grâce à cette expérience, presque tous, n'éprouvaient plus aucune peur de la mort, et anticipaient même ce moment avec plaisir.

 

- Lumière blanche -


"Ayant aperçu leurs chers disparus dans l'auréole de la lumière d'amour, les "voyageurs" des EMI (expérience de mort imminente) n'avaient qu'une envie : rester de "l'autre côté". Ils m'expliquaient que, dans les jours et les semaines précédents, ces êtres aimés s'étaient mis à apparaitre dans leurs rêves, ou à leur rendre visite en "fantômes" amicaux ou encore à s'inviter dans leurs pensées involontaires. C'était comme s'ils voulaient les préparer pour le grand passage. Et le jour venu, ces grands-parents, parents, frère ou épouse disparus étaient là à la sortie du tunnel pour les accueillir. Mais patients étaient si contents de les retrouver ! Mais on leur avait dit :
"Tu n'es pas prêt, il faut que tu retournes sur terre". Et ils s'étaient réveillés dans leur lit d'hôpital avec l'impression terrible d'avoir été chassés du paradis...

... Quand aux personnes qui "traversent la mort", elles en reviennent parfois avec des croyances qui les rendent plus fortes. Je n'en concluerais certainement pas qu'il est permis de se raconter n'importe quel bobard, pourvu qu'il nous donne l'illusion de la force. Mais ne plus être terrifié par la mort, c'est tout de même appréciable ! Ne serait- ce que pour le recours qu'elles offrent contre l'angoisse, ces expériences méritent d'être étudiées. Pour un scientifique, elles constituent d'ailleurs les seules données disponibles sur une réalité aussi capitale que difficile à cerner.

Sur un plan plus intime et plus modeste, je peux dire que, dans l'étape inconfortable où je me trouve aujourd'hui, ces témoignages me semblent plus précieux que jamais. J'en accepte l'inévitable dimension mystérieuse ou "mystique". En revanche, je n'y trouve aucun argument en faveur de tel ou tel dogme religieux.

Au fond, ce que ces idées ont de si satisfaisant pour moi, c'est qu'elles m'offrent une vision de la mort compatible avec mon moi profond, mon éternel besoin de "relationnel" ....

... La perspective de rejoindre l'ensemble des âmes humaines et animales dans un univers baigné de lumière, de connexion et d'amour, a tout pour me ravir. Bien sûr, rien ne prouve que les visions des EMI soient le reflet d'une quelconque "réalité". Il se pourrait bien qu'elles ne soient rien d'autres que l'oeuvre hallucinée d'une poignée de neurones chahutés par le cocktail chimique du trépas. Mais au point où j'en suis, je préfère imaginer que ma mort ressemblera au fameux tunnel débouchant sur la lumière blanche. Ce serait délicieux d'être accueilli par les vagues lumineuses d'amour et par toutes les personnes que j'ai tant aimées et qui sont mortes avant moi, mon père, ma grand-mère et ce grand-père que j'adorais."

 

- De l'amour -

"... Le temps est donc venu de faire le bilan de ma vie ... Le domaine où j'ai le moins réussi, je dois l'avouer est celui de l'amour ... Qu'elle tristesse d'avoir perdu tant de temps et d'occasions de bonheur ! Vingt ans plus tard, il en reste encore quelque chose, ma femme se plaint souvent que je ne sais pas trop me laisser aimer ...

... J'ai finalement été capable de vivre des histoires d'amour avec des femmes qui étaient mes égales humainement et intellectuellement ...

... La découverte métaphysique de ce que peut être une relation amoureuse plus authentique m'a apporté une récompense inatendue : l'esprit d'égalité au sein du couple s'est étendu bizarrement à ma relation avec mes patients. J'ai commencé à avoir avec eux, si ce n'est un lien amoureux, en tout cas un lien affectif et fondé sur le respect. 

... Je pouvais m'enrichir de toute l'humanité de mes patients. Cette transmutation s'est produite parallèlement aux épreuves bouleversantes que j'ai traversées lorsque ma tumeur a été diagnostiquée. Me découvrir fragile, mortel, souffrant, effrayé, m'a ouvert les yeux sur l'infini trésor de la vie et de l'amour. Toutes mes priorités ont été bouleversées, jusqu'à la tonalité émotionnelle de mon existence. Le fait que je me suis senti beaucoup plus heureux après qu'avant, ce qui est tout de même inattendu.

J'ai senti également une sorte de naissance spirituelle. Moi qui étais le scientifique type, rationaliste et athée, je me suis retrouvé en quelque sorte "en état de grâce". ...

... Quand je pense à la façon dont ma vie a été transfigurée, je souhaite que tout le monde puisse un jour connaitre cette expérience. C'est au fond le but de la psycothérapie, et c'est ce qu'elle réalise quand elle "marche".  Les personnes qui ont été aidées par des méthodes efficaces comme l'EMDR (thérapie fondée sur le mouvement des yeux), les TCC (thérapies comportementales et cognitives) ou la méditation, expérimentent quelque chose de l'ordre du jaillissement, d'une renaissance. Je suis persuadé aussi que ce but peut être atteint tout autant si l'on adopte un mode de vie respectueux de l'écologie globale (celle de la nature et celle des relations humaines), un mode de vie que j'ai appelé "anticancer".

J'exprimais ce souhait à la fin de mon livre : "si on évite tout ce qui abîme la vie et favorise au contraire tout ce qui la nourrit, on pourra développer les merveilleuses ressources  cachées au fond de soi. On aura un regard neuf sur ce qui nous entoure : la nature, nos enfants, notre travail. On découvrira sa capacité  à donner avec générosité et à recevoir avec gratitude. Tout cela, qui  est capital, n'est pas réservé aux malades du cancer ou d'autres affections graves.

 

- Interactions vitales -


"... Toute la sagesse des médecines ancestrales, qu'il s'agisse de l'ayurveda, de la médecine chinoise ou de la tibétaine, est d'avoir compris que soigner, c'est rétablir l'équilibre au sein du corps et non pas de se focaliser sur tel " problème" particulier.... Je suis persuadé que les traditions antiques ont beaucoup à nous apprendre.

... Le principal obstacle au développement de cette médecine intégrée, c'est qu'elle n'offre aucune occasion de gagner beaucoup d'argent."

... A travers la santé, on s'aperçoit qu'on touche de plus en plus à toute une série de questions brûlantes qui constituent le problème de fond de notre époque. Il a été très bien résumé par mon ami Michel LERNER "On ne peut pas vivre en bonne santé sur planète malade."  C'est là où la santé rejoint l'écologie globale.

... La prise de conscience que les aliments que l'on nous vend nous empoisonnent. ... l'usage massif des pesticides, des fertilisants ...

... Quand à notre façon de traiter les animaux dont nous nous nourrissons, c'est à la fois délirant et ignominieux.

... L'écologie nous apprend que toute forme de vie est l'expression d'échanges au sein d'un réseau. La terre elle-même ne fonctionne que comme un réseau où tout interagit avec presque tout en permanence. Là aussi, ces interactions génèrent des propriétés émergentes qui constituent "l'intelligence de la terre". C'est cette intelligence que nous sabordons quand nous violons délibérément les équilibres naturels.


... Je suis de ceux qui pensent que notre santé est intrinsèquement liée à celle de notre environnement.

Guérissons notre planète pour nous guérir.

 

- La caresse du vent -

"... J'aime la phrase tirée d'une lettre qu'un homme avait envoyée à sa femme au moment de partir pour la guerre civile américaine. Il avait assez peu de chances d'en revenir.

 

"Si je ne reviens pas physiquement, lui écrit-il,

n'oublie pas que chaque fois que tu sentiras la brise sur ton visage,

ce sera moi qui serai revenu t'embrasser"

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David SERVAN-SCHREIBER est décédé le 24 juillet 2011, huit semaines après avoir achevé l'écriture de ce livre.

Comme l'a dit son frère Emile : "David n'avait pas peur de la mort, il croyait que celle-ci allait l'emporter vers un royaume d'amour, via ce fameux tunnel de lumière dont témoignent tous ceux qui ont eu ce qu'on appelle "une expérience de mort imminente."

Son livre est emprunt d'expériences, d'intelligence, d'humilité, de sagesse et d'espoir, c'est une très belle leçon de vie. Il m'enseigne, me conforte dans mes idées et m'accompagne dans mon cheminement auprès des malades en fin de vie.

Je tenais réellement à rendre hommage à un homme tel que lui !

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J'espère que la lecture de cet hommage à travers le résumé de son livre vous donnera l'envie de lire l'ouvrage entier et vous guidera dans votre cheminement de vie, à travers la maladie ou la mort.

 

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Commentaires :

Tching - le 15 avril 2013


J'ai lu votre message avec beaucoup d'intérêt. Moi-même j'ai eu une ablation d'estomac suite d'un cancer d'estomac ulcéré il y a qqs années. Maintenant je suis considérée come guerrie et je croque la vie à pleine dent. Moi, je n'ai pas peur de mourrir, mais peur de souffrir (comme DSS), de souffrir physiquement et/ou surtout moralement, par exemple au service d'un certain hôpital parisien (dont je ne cite pas le nom) où je suis sortie encore plus déprimée qu'avant mon hospitalisation. Le seul voeu que je me fais à moi, c'est de mourrir tranquillement chez moi, mais pas pour tout de suite, qu'on me laisse savourer les rayons du soleil pour encore un bon bout de temps ! T. K.